La thérapie Biodynamique par le cheval

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Réunissant le travail thérapeutique avec les chevaux et la Psychologie Biodynamique, une thérapie fondamentalement psycho-corporelle, cette approche ouvre un champ thérapeutique novateur très efficient. Le cheval, vivant dans de bonnes conditions, est doté de véritables capacités thérapeutiques.

C'est ce que montrent les nombreux archétypes qui lui sont liés. De Pégase à Chiron en passant par la licorne ou Epona, tous sont des « passeurs d'âmes », ils accompagnent la métamorphose. D'une part, le cheval nous rencontre dans notre réalité, sans faux semblant, et nous invite à une prise de conscience de nos blocages. Surtout, il nous invite à la découverte de notre instinct et de notre présence sensorielle et profonde. Doux, accueillant et protecteur, il permet l'émergence de ce que la Psychologie Biodynamique appelle le noyau sain et ses potentiels insoupçonnés.

Le cheval, une présence inconditionnelle
La présence naturelle et corpulente du cheval crée déjà un certain impact. Imposant de par sa taille, sensible et attentif à la fois, il est là, présent, en contact.... Etre simplement en sa compagnie est déjà beaucoup pour certaines personnes. Et si jamais un patient doute de l'implication du thérapeute, il ne remet généralement pas en question la présence et l'implication du cheval.

Le travail thérapeutique commence presque toujours par une mise en relation à pied, par une approche progressive où l'on voit comment chacun s'apprivoise, en prenant le temps. Il peut alors y avoir des séances où il ne se passe rien de visible, où la personne est comme « travaillée » par cette présence qu'elle a en face d'elle. Une présence qu'elle n'a pas souvent, ou peut être même jamais, senti dans sa vie. Cette rencontre peut l'interpeller dans un niveau d'elle-même qu'elle ne connaît peut être pas encore très bien.

Le cheval respecte nos difficultés. Toutefois lui, il est là. C'est un être patient qui n'a pas l'angoisse du temps qui passe. Si toutes ses fonctions vitales sont satisfaites (nourriture, repos, relation sociale, sécurité...), il peut rester longtemps dans cet accueil inconditionnel. Et cette rencontre dans une présence mutuelle profonde et bienveillante permet de réparer des liens en soi. Cela ne se fait pas toujours de manière visible ou spectaculaire. « Ca » se fait. Souvent, on ne soupçonne pas l'effet qu'un travail de la sorte va produire. Prenons l'exemple d'un enfant adopté presque autiste, dyspraxique et dyslexique qui ne bougeait que très peu. Après une série de séances où il est resté allongé sur son poney sans rien faire, il s'est mis à faire du patin à roulettes sans avoir jamais appris. Pendant les séances, le poney, comme s'il savait ce qu'il était bon de faire, l'a bercé tranquillement en marchant. Cela a permis à l'enfant de se sentir accueilli, en sécurité et de vivre enfin son besoin de bébé d'être porté avec amour.

Le cheval, miroir de nos histoires
Par sa présence, le cheval nous renvoie ce que nous sommes dans nos protections et nos défenses. Il perçoit tous les petits mouvements de notre organisme, nos gestes, le ton de notre voix, notre façon de respirer, notre odeur et y réagit instantanément. Son système limbique est très développé, il est sensible et ressent nos états d'âme. Il ne dissimule pas ses réactions et reproduit parfaitement les attitudes que nous avons l'habitude de provoquer dans le monde. Par là il amplifie les schémas dans lesquels nous sommes et met en évidence nos croyances, nos peurs, nos blocages...

Il peut nous garder à distance, nous envahir, nous sentir doucement, nous pousser dans un coin, venir à coté ou derrière nous pour nous soutenir, nous prendre de haut, baisser la tête... En ce sens, c'est un très bon outil de diagnostic, de bilan. Il nous renvoie directement ce que nous pensons que le monde est et nous fait passer des messages sur où nous en sommes.

Le thérapeute est là pour soutenir le patient dans ce constat et pour maintenir un sentiment de sécurité. Il s'agit alors de travailler ce qui se présente : peur, colère, contact trop envahissant ou sensation de manque... afin de pouvoir accueillir la difficulté et d'aller vers une réparation.

Par exemple, un poney en liberté rejoue à une jeune femme tout le drame de sa vie en se comportant exactement comme sa mère avec elle. Il l'envahit, la coince contre une clôture et la jeune femme a la sensation de ne plus pouvoir bouger. Au lieu de se concentrer sur son problème, il lui a fallu se connecter à son envie de vivre enfin pour elle et à apprendre à poursuivre son objectif sans regarder en arrière. En faisant cela, elle a réussi à sortir du joug du poney. Les répercussions dans sa vie quotidienne ont été évidentes, elle a pu dire non à sa mère, et mettre en place des projets qui lui étaient chers.

Une invitation à contacter notre noyau sain
N'étant pas dans un jeu mental et émotionnel, le cheval nous invite à descendre dans des niveaux de nous même où l'on est vrai. Pour beaucoup, quand ils osent y aller, cette réalité est une découverte. C'est donc un appel formidable à entrer en nous même, à explorer notre capacité à être pleinement là, à ne pas être dans le masque que nous avons souvent l'habitude d'emprunter. Doucement le cheval nous aide à être qui nous sommes réellement et à nous sentir vivant, instinctif, intuitif, incarné. Et là des choses magiques se produisent. La personne découvre des sensations nouvelles d'elle-même.

La Psychologie Biodynamique soutien que nous avons tous au fond de nous un « noyau sain ». C'est la partie profondément vivante en nous, qui est en contact avec l'environnement, tout en sachant s'auto-réguler et être dans un bien-être indépendant. Le cheval nous ramène clairement à cette présence de base, qui possède un sens naturel des choses, qui est amicale envers le monde et envers elle-même, qui sait dire « oui » ou « non » de manière juste et qui est baignée de plaisir. Il nous invite à déployer cette partie de nous grâce à laquelle nous nous sentons appartenir à la vie, qui nous indique ce qui est bon pour nous.

Nous pouvons voir cet effet chez un jeune prédélinquant de 14 ans. A la suite d'un travail avec des chevaux, il a senti qu'un cheval était attentif à lui, l'aimait sans qu'il ait « rien à faire » ni à être gentil, lui donnait le sentiment d'avoir de la valeur. Son comportement a alors changé dans son quotidien et il s'est remis à travailler à l'école et dans une lettre il a exprimé que « des fois, ça fait du bien de pleurer. » Pendant certaines séances, il arrive aussi que le patient se surprenne à parler de choses intimes où à faire des gestes qui se « font tout seul » et qui émanent d'une partie profonde.

A la rencontre de son corps avec le cheval
La Psychologie Biodynamique, thérapie fondamentalement psycho-corporelle, dit que le corps est à la fois porteur de nos mémoires et d'une sagesse profonde. Travailler avec le corps permet d'aller nettoyer les traces les plus ancrées de notre histoire et d'ouvrir des espaces de guérison agissants. En ce sens le travail avec le cheval est puissant, car il implique forcément la corporalité et la sensitivité de la personne. La vue, l'ouïe, l'odorat, le toucher, l'instinct, la présence sensible... sont sollicités au travers de l'approche et du portage. Le cheval peut aussi bercer, induire des mouvements corporels, réchauffer, apaiser, stimuler... Le thérapeute participe aussi à ce travail corporel en accompagnant le patient et le cheval dans cette rencontre. Il peut toucher et masser à la fois le cheval et le patient.

C'est donc encore une fois, une proposition d'exploration de parties de nous-même que nous avons souvent oubliée ou négligée : notre présence corporelle et le développement de nos sens... Et cela permet des effets thérapeutiques authentiques. C'est à dire qu'on ne peut pas juste « penser » une solution - la compréhension mentale n'a que peut d'effet réel sur le cheval - il s'agit d'explorer de nouvelles façons d'être de manière très concrète. Le cheval réagira aux changements réels : physiques, énergétiques et émotionnels. Et le fait de faire l'expérience et de ressentir une solution de manière très réelle a souvent des répercussions importantes dans la vie de la personne. Elles apprennent aussi à se rendre compte de l'implication de leur langage corporel dans la relation à l'autre. Par exemple, quelqu'un qui est très expansif et débordant doit apprendre à se contenir en face d'un cheval. Ou encore, l'utilisation d'une gestualité identique, réciproque avec le cheval pourra entrainer le patient à retrouver une cohérence motrice, qui peut être perturbée chez lui et qui est souvent reliée à une incohérence émotionnelle. Il a été aussi remarqué qu'il y a un échange de tonus musculaire entre le cheval et le cavalier : c'est le phénomène de l'isopraxie. Des personnes handicapées manquant de tonus peuvent améliorer leur motricité au contact avec le cheval.

 

Ainsi la complicité entre le thérapeute et ses chevaux ouvre des champs thérapeutiques très précieux. Ce travail est bien sûr très efficace chez les enfants qui sont très réactifs et apprennent vite à entrer en relation vraie avec les chevaux. Il est aussi très porteur avec des adultes, qui peuvent retrouver des parties d'eux-même qu'ils ont oubliées depuis longtemps. La relation au cheval calme les angoissés et les hyperactifs, elle stimule les introvertis, éveille les timides, elle redonne confiance aux complexés. Elle permet de nous découvrir dans notre présence de base, si essentielle à la vie.




Dominique Gutierrez et Miriam Gablier

Equitérapeute et Journaliste

 

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