La synchronisation Corps et Esprit

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La forme que prennent certains mouvements lents en Qi Gong est souvent significative de l'harmonie entre le corps et l'esprit dans l'instant présent.

En observant les élèves de mon cours pratiquant une marche consciente très lente, je constate souvent le décalage entre ce que l'esprit pense du mouvement à réaliser, ce que le corps réalise et le temps donné à ce mouvement. Dans notre vie quotidienne, nous ne pensons pas notre marche, au mieux pensons nous à la destination où elle doit nous mener, à la direction à prendre.
Notre journée se déroule avec en permanence un corps en prise à la réalité présente et un esprit porté vers un futur à réaliser. Le Qi Gong offre la possibilité de se sensibiliser à l'instant présent, redonner sa densité au mouvement, sa justesse.

Dans une marche lente, l'esprit est dirigé vers le pas suivant quand le corps et la loi de la pesanteur demandent à rassembler son centre en acte et en pensée.
Livrez vous à un exercice simple en réalisant deux pas à une vitesse extrêmement lente. Sans doute constaterez vous la difficulté de garder une vitesse constante, sans accélération éventuellement impulsée par un déséquilibre, sans arrêt du mouvement lorsque les deux pieds sont complètement posés. Et plus l'on se concentre sur cette vitesse, et plus le déséquilibre enclenche des crispations et un mouvement gauche. Plus l'esprit prend le chemin de la volonté de réussir l'exercice, et moins le corps forme un tout. Inversement, en portant son esprit sur l'instant présent, sur la densité des interactions entre le corps et son environnement, l'harmonie prend place. A chaque instant, à chaque espace, l'esprit se porte sur le déplacement du centre, le transfert du poids d'un pied à l'autre, de l'extrémité de l'orteil au talon, sur chaque centimètre de la plante des pieds. Corps et esprit s'unissent alors dans un même temps.


Cette expérience que chacun peut vivre avec sa propre morphologie, avec ses qualités physiques individuelles, permet de vérifier la distance entre notre nature et l'image que nous nous en faisons.
Nous pensons le mouvement avant de le réaliser et nous le pensons avec l'image de nous même que nous avons enregistrée depuis la prime enfance. Nombre de méthodes thérapeutiques, comme celle de Moshe Feldenkrais par exemple, s'appuient sur la reconstruction d'une image juste lorsqu'une rééducation motrice est nécessaire.


Un entretien avec Christian Tissier, 7ème dan et leader mondial d'Aïkido, m'a éclairé sur cette composante de synchronisation entre le corps et l'esprit dans un mouvement. Dans ce qu'il m'a nommé comme le Ki Ken Tai, qui caractérise la parfaite qualité d'une frappe d'un sabre (ou d'un ken en kendo), trois éléments ayant chacun leur propre vitesse sont à réunir : l'intention, le sabre et le corps. Au moment de l'attaque, le pratiquant doit inscrire sa riposte dans une distance relative qui inclut l'espace qui le sépare de son attaquant mais aussi sa vitesse, la forme de son attaque et sa propre position et morphologie : ce qu'on appelle le ma-ai. Il faut énormément de pratique pour gérer ce ma-ai en toute circonstance. Il faut énormément répéter les enchainements d'aïkido au ralenti pour maitriser le ma-ai à la vitesse d'une attaque réelle.
En aïkido, un décalage entre l'intention, le geste marqué par les membres et le reste du corps génère inévitablement une riposte inefficace. En Qi Gong, ce même décalage laisse percevoir le manque d'harmonie de l'ensemble.


Une des clés consiste à donner naissance au mouvement par le centre, désigné hara par les japonais, dan tien inférieur par les chinois. Lorsque l'intention est d'abord portée au centre, les membres vont ensuite suivre le corps naturellement. Pour les asiatiques, la puissance vient du centre, et le souffle son véhicule.
Reconsidérons la marche lente !


Au lieu de garder le souffle haut, parfois court et se servir du déséquilibre du corps pour avancer, concentrons nous sur une respiration profonde dirigée vers le dan tien inférieur. Puis le placement du bassin va diriger la hanche qui va faire mouvoir la jambe, et le geste libéré va offrir une sensibilité accrue du pied se posant sur le sol,...
Ainsi pour notre marche comme pour la main de l'artiste sur la toile, le geste devient le prolongement du souffle : une manière de vivre chaque instant comme un art de vivre.

 

 

Philippe Renou
Enseignant en Qi Gong thérapeutique
http://qigong.ethicnews.org

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