A la rencontre du corps sonore

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Tout être vivant émet et reçoit des vibrations. C'est ce que nous confirme les dernières recherches scientifiques en biologie : des ondes électromagnétiques, lumineuses mais aussi sonores sont émises et captées par nos cellules participant à leur communication.
Et tout comme les fréquences d'une radio, ces ondes sont chargées d'informations. Elles concourent à la régulation de notre organisme.

Par la voix chantée, vibration par excellence, nous pouvons interagir avec ces ondes informationnelles. Il devient alors possible de les amplifier, les harmoniser, les transformer. Nous pouvons ainsi travailler sur des mémoires corporelles, dissiper des blocages émotionnels, traverser des traumas et stimuler nos potentiels endormis. La voix, du thérapeute comme celle du patient, peut être un outil thérapeutique précis et puissant.

Christiane Lewin, psychothérapeute, formatrice internationale et co-directrice de l'Ecole Biodynamique, a développé une approche toute particulière du travail avec la voix au sein de la Psychologie Biodynamique. Issu de plus de 30 ans de recherche et de pratique clinique, ce travail permet un nettoyage profond du corps, un renforcement de nos couches dites « contenantes » et un meilleur enracinement corporel. Par la mise en vibration de l'être dans sa globalité, il ouvre aussi à des dimensions archétypales et transpersonnelles, permet l'émergence de chants guérissants et le déploiement de capacités insoupçonnées.


Miriam Gablier : Comment en êtes vous arrivée à travailler avec la voix ?
Christiane Lewin : Le chant a toujours eu une place importante dans ma vie. Par la suite, à l'âge de 24 ans j'ai rencontré le travail sur la voix du théâtre de Brotovski. S'en est suivi une formation avec Marie Louise Aucher, créatrice de la Psychophonie, et des groupes de travail sur la voix avec le Roy Hart Théâtre. Marie Louise Aucher m'a particulièrement marquée car il y avait une application thérapeutique précise à son travail avec la voix. Par exemple, son « cliché » des sons. Elle nous demandait de nous mettre nos fronts sur nos mains, appuyés sur un piano à queue. Elle se mettait alors dans notre dos et émettait des sons chantés. Les résonances renvoyées par le piano lui donnaient des indications très précises sur l'état physiologique de la personne en face d'elle, sur la santé de ses organes internes, mais aussi sur ses états psychiques. Elle donnait des diagnostics avec des précisions stupéfiantes.
Je me suis aussi formée, dans cette même période de temps, à la Psychologie Biodynamique, méthode que j'utilise et développe depuis comme thérapeute et formatrice. J'ai pu donc élaborer des outils sonores avec la précision du travail psycho-corporel. La beauté de la Psychologie Biodynamique est qu'elle a une compréhension très fine de l'interaction entre l'esprit et le corps, de la capacité du corps à digérer l'histoire émotionnelle et psychologique et de comment se déroule ce processus. Au fil de mes années de pratique, en groupe et en individuel, en alliant ces deux méthodes, j'ai pu façonner une approche avec la voix qui permet un véritable travail psychothérapeutique.

MG : Quelle serait la première utilité thérapeutique d'un travail avec la voix ?
CL : Pour commencer, le son émis par la voix est une expression. Et beaucoup de patients ont du mal à s'exprimer. Cette difficulté se manifeste par des phrases comme : « J'ai du mal à me faire entendre », « On ne m'écoute jamais ». Le travail avec la voix est une voie royale pour les soutenir dans l'affirmation d'eux même. Il faut d'abord travailler le souffle, les muscles de la respiration, l'amplitude sonore. Et puis il s'agit de trouver sa voix, d'une manière ludique et progressive, pour assumer émotionnellement ce qu'il y a à exprimer. Pendant le temps d'apprivoisement nécessaire, la voix du thérapeute sert de fil d'Ariane à la personne, pour l'aider à traverser les espaces difficiles. Le patient est donc à la fois soutenu, guidé et contenu par la voix du thérapeute ou du groupe, si c'est un travail de groupe. Petit à petit, en explorant sa voix la personne apprend à s'exprimer dans ce qu'elle est.

MG : Vous parlez d'utiliser la vibration sonore comme outil thérapeutique, pouvez vous nous en dire plus ?
CL : Notre matière est vibratoire. Dans son état le plus naturel notre corps peut vibrer de partout. Et quand on parle ou quand on chante, ça vibre à l'intérieur, ça peut même aller jusqu'aux pieds. Les sons peuvent donc avoir un effet très puissant sur la personne. D'ailleurs, certains arts martiaux utilisent le cri pour déstabiliser l'adversaire. Mais loin du cri qui tue (rire), qui demande des années de pratique et une maitrise extrême, les sons peuvent surtout être utilisés à des fins thérapeutiques.
Ce qu'on va alors chercher à faire, c'est apprendre à mettre le corps en vibration par la voix, en émettant toutes sortes de sons. On peut ainsi balader la voix dans le corps et regarder quelles sont les zones qui vibrent et celles où le son s'arrête. Cela va tout d'abord nous donner un diagnostic sur l'état de la personne. Et ça va commencer à activer les zones qui ont besoin d'être travaillées. On peut d'ailleurs utiliser le son pour se soigner soi même. Par exemple, si vous avez un mal de gorge, vous pouvez envoyer le son dans ces endroits qui se trouvent enflammés ou si vous avez mal au ventre, vous pouvez émettre un son grave, apaisant, dans le ventre. Le thérapeute, tout comme le patient, peut émettre des sons dirigés directement sur des parties du corps qui ont besoin d'être travaillées.
Ceci va avoir pour effet de mettre en vibration des zones tendues, crispées, bloquées ou même abandonnées. Et ce qui va se passer, c'est que l'information qui dit au corps qu'il faut que ça soit tendu à cet endroit là, va être bougée, comme « décollée » de notre matière. Et c'est là que tout un savoir thérapeutique est nécessaire pour accompagner la personne dans ce nettoyage. Car cette remontée d'informations, souvent inconscientes jusqu'alors, réveille parfois des mémoires difficiles, qui ont besoin d'être traversées et digérées. Heureusement il arrive aussi que ces informations soient tout simplement éliminées par le corps, par ce que nous appelons le psycho-péristaltisme* en Psychologie Biodynamique, une capacité physiologique à digérer du matériel psychique.
En tout cas, ce qu'on peut voir, c'est que chaque organe a une fréquence vibratoire différente et qu'il s'agit de retrouver toute la richesse des harmoniques pour pouvoir les atteindre. On envoie des sons dans les parties du corps qui en ont besoin pour remettre en liberté ce qui était stagnant. Aller dans l'espace du trauma, le traverser en étant accompagné, porté par la vibration, permet de libérer son énergie de vie.

MG : Que nous disent nos capacités à émettre des sons ou pas ?
CL : Et bien, tout comme on peut visiter les différents endroits du corps avec la voix, on peut parcourir les gammes et voir les notes où la voix perd en force ou disparaît. Lorsqu'on demande à un patient d'émettre plusieurs sons, de monter, de descendre la voix, on s'aperçoit qu'il a, à certains endroits, comme des trous, des accidents dans la gamme. Cela indique qu'il y a là ce que j'appelle « des portes » pour aller visiter une histoire mal vécue, un trauma non digéré. Et à chaque niveau de blocage, on a la clé sonore pour ouvrir la porte : le son manquant ou abimé. Tout en amadouant les résistances, qui ont aussi tant de choses à nous dire, on commence alors le déverrouillage de la porte, en explorant autour du son déficient. Et on observe et on accompagne les différents ressentis qui émergent, les différentes émotions qui se présentent. Car encore une fois, du matériel émotionnel et psychologique va certainement remonter. Quand on trouve la clé, très souvent ce qu'on réactive à ce moment là, comme si on ouvrait un tiroir secret, c'est l'histoire qui correspond à la fermeture de la porte. Et tout ça devient de nouveau actif. C'est à dire que les mémoires sont ravivées avec des souvenirs corporels, émotionnels et psychologiques de la situation initiale. Ce qui s'est dit, ce qui s'est passé, s'il y a eu un traumatisme. On retrouve la situation telle qu'elle était. Et on est là, avec la voix, pour traverser le trauma. L'apport de la voix du thérapeute ou du groupe, quand on fait un travail de groupe, ce soutien vibrationnel, permet des transformations magnifiques. On transmute l'histoire, en étant accompagné, avec une énergie et une vibration extérieure qui favorisent la transformation.

*cf Wikipédia : Psychologie Biodynamique - 2.2 La capacité d'auto-régulation et le Psychopéristaltisme


Interview de Christiane Lewin 
Par Miriam Gablier

www.psychologie-biodynamique.com/

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