Yoga et Psychologie transpersonnelle occidentale

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Le dernier ouvrage de Marc-Alain Descamps « histoire du Hatha-Yoga en France, passé et présent » (1) est un ouvrage précieux, une fenêtre ouverte sur l'histoire et le monde du yoga. L'auteur nous permet de mieux comprendre cette tradition, ses propositions tant philosophiques que pratiques tout autant que notre société actuelle.

En effet, de nombreuses interrogations, des points à méditer et intégrer différemment, -que l'on soit simple pratiquant de yoga ou que l'on associe le yoga à sa pratique de thérapeute- peuvent en être retirés. Ce recueil riche en informations laisse apparaitre que de nombreuses confusions sur le yoga se sont développées avec le temps, feraient-elles miroirs à ... celles de notre époque ?

Cet ouvrage nous donne accès tant à l'histoire des premiers enseignants ou Guru (personne transmettant une maîtrise) invités ou arrivant en France et en Europe, qu'à sa partie correspondante, l'histoire du yoga en Inde. Nous trouvons également des indications claires quant à la définition des différents types de yoga, des écoles principales, de leur fondement philosophique et humanistes correspondants. Il est un pur régale que de découvrir des grands maîtres, soit parce que leur histoire est retracée soit parce que nous avons la chance d'observer leur visage sur une photo. En effet, l'expérience transmise -notamment par une expression du visage- est souvent le meilleur enseignement. L'auteur fait aussi le choix de nous offrir en annexe le Yoga sutra de Patanjali associé à un glossaire précis des termes orientaux.

La lecture de cet ouvrage m'invite à noter quelques précisions et soulever quelques questions me semblant pertinentes à la prise en compte des besoins de notre société.. ou à leur oubli.

Que peut-on chercher dans le yoga ? Ou bien quels sont les effets du Yoga ?

Mais qui en est conscient encore de nos jours ?


Quelques précisions :

- Rappelons que le yoga est une voie d'investigation de soi qui propose des méthodes de connaissance de soi.
- En disant « connaissance de soi », et si l'on aborde cette voie dans sa profondeur, c'est aussi la connaissance du monde qui est impliquée. Alors peut se mettre en marche un déroulement relatif à la connaissance de l'univers proche (relationnel par exemple) ou plus lointain ou subtil comme par exemple, la loi de cause à effet (appelé Karma en sanskrit).
- Le yoga correspond aussi à une hygiène, il permet de maintenir une santé, autant dans un sens également connu de l'occident : mieux dormir, récupérer de la fatigue, digérer, se prémunir, (...), que dans un sens reliant cette voie à nos fondements plus subtils : élever notre niveau vibratoire pour être moins sujets aux « propositions-vibrations » plus basses, quelles proviennent de notre environnement relationnel ou physique.
- Evoluer tant sur le plan physique qu'émotionnel, mental ou de l'esprit (fonctionnement structural et dynamique des pensées), mais aussi spirituel : soit devenir plus conscient des états dans lesquels nous nous trouvons, que nous désirons privilégier voir de ceux auxquels nous espérons accéder : vivre selon notre nature intrinsèque paisible, saine et joyeuse.

Ainsi, nous comprenons bien la signification du terme Yoga qui en sanskrit signifie notamment « relier ». Chercher à quoi se relier fait partie... de la quête et des expériences advenant sur ce chemin, cependant nous pouvons déjà souligner ici le bien fondé du lien avec notre intériorité, cet espace en nous qui est... et peut se manifester même sans l'aide d'un mental ratiocinant.

Rappelons que Pantajali répondait à la question : « Quel est la meilleure asana (ou posture de hatha-yoga) ? » : celui où vous êtes le plus confortable. Mais attention, l'interprétation de cette réponse dépendra notamment de l'honnêteté de l'aspirant, car nous savons bien que la référence correcte ici n'est pas le « laisser-aller corporel » mais l'objectif ultime : s'établir dans un esprit paisible et unifié.

En tant que thérapeute, mais aussi formatrice et enseignante en relation humaine (notamment groupes de « Développement essentiel ») j'ai souvent remarqué que l'homme (occidentalis) gagnerait à s'interroger et même plus, méditer, laisser infuser, cette question : dans quelles conditions le yoga est un Yoga, soit fonctionne et diffère d'une gymnastique, même sophistiquée et orientalisante ?
C'est notre attitude intérieure en l'approchant qui permettra la mutation. Elle gagne à comprendre et cultiver quelques éléments :

La Concentration (Dharana)
La Qualité d'observation et de ressenti de l'état dans lequel je me trouve (physiquement et mentalement), sans essayer de le tronquer,
Le Lâcher-prise concomitant, soit relâchement des postures tant musculaires que mentales
L'acceptation fondamentale (ou au moins « d'en faire l'essai », ...) que ma nature est saine, simple et joyeuse, afin qu'elle puisse englober les états émotionnels me traversant mais sans s'y identifier, qu'elle m'inspire pour chaque acte, parole, pensée.

Ainsi, nous comprenons mieux pourquoi le Yoga comprend des asanas (Hatha-yoga), mais qu'il signifie aussi d'autres formes de connaissance de soi/monde : la voie intellectuelle (Jnana Yoga), la voie artistique (Danse, musique, sculpture sacrée), celle de la relation et l'amour-confiance développée envers un enseignant ou sa représentation symbolique sous forme de déité (Bhakti), la voie de l'action désintéressée (Karma Yoga), ou bien encore la voie royale (Raja Yoga, que je ne développerais pas ici).
Cette dynamique du « re-ligare » propre à tout épanouissement rend notamment plus tangible la perpétuation d'un sentiment non-duel. Chaque jour les yogas nous permettent de rendre plus flexible notre approche du monde, par exemple entre la tradition et son actualisation, puis entre le « mental » (en sanskrit correspondant à différentes subtilités allant de manas, à ... Atman) et le corps physique par exemple.

D'un point de vue plus global, cet ouvrage nous permet de revisiter -et peut être méditer !- les questions propre aux traditions, leur actualité, l'évolution d'une pratique, d'une méthode... surtout lorsqu'elle trouve ses racines il y a plus de 4000 ans et reste d'une actualité déroutante pour qui sait la gouter.
Lorsque je pratiquais et étudiais le Naadh Yoga (en sanskrit Yoga du son, chant notamment), mon guru répondit à une question que je lui posais sur les changements d'approche récents de la musique Hindustani par ces mots : « La tradition existait aussi avant dans un présent, elle se fait et se crée sans arrêt, ... ». Bien sûr il ne termina pas sa réponse pour me laisser méditer sur ce message, mûrir avec, intégrer, trouver ce qui cherchait en moi à se re-lier. On pouvait, et peut toujours, assister à de nombreux dérapages  quand à l'utilisation du terme « musique indienne », mais l'orientation du regard qu'il suggérait invitait à aller vers le cœur de la musique, du son, du point d'entrée dans le yoga. Ce point d'entrée et de maintenance (bindu puis banda, en sanskrit) est, ou participe à, la posture ou l'asana le « meilleur » dont parlait Patanjali. Celui où l'on est « à l'aise». Quelle aise, si ce n'est une aise dont l'origine est atemporelle, immuable, nous rendant notre sensation d'unité joyeuse et auto-créée dans le présent, celle où les batailles des séparations intérieures, des schismes cessent ? Une aise qui inclut autant notre identité absolue que relative puisque dans le corps et ses règles.

Ainsi cette posture me semble inclure des notes mélodiques, des points essentiels au cheminement sur la voie de la connaissance de soi/monde par l'expérience subjective et transpersonnelle-. Je veux encore citer le discernement, l'honnêteté avec soi-même (souvent lié à la capacité d'accepter un maître, ou la Bhakti) et pour finir (en apothéose !) la présence.
Ces aspects du yoga nous aident à devenir toujours plus responsables et indépendant. Une indépendance qui ne veut pas dire « isolement et indifférence à l'autre », mais bien l'inverse, indépendance dans ma relation à ce qui me limiterait, notamment à une énergie de mauvaise qualité et enfin cesser d'aller la puiser chez les autres, mais.... Se laisser tout l'espace et la poésie pour les aimer encore plus et mieux.

Certaines approches thérapeutiques, nous le comprenons bien maintenant, se retrouvent sur le même terrain que le Yoga. C'est le pari que l'approche transpersonnelle relève ... afin de rappeler à tout à chacun « oui, même dans notre société du rapide, il est bon, même succulent de prendre le temps de se connaître, et ... s'aimer ».

 


« La volonté d'évoluer crée en nous une force "dynamophile aequilicosme",
mot qui veut dire qui aime et équilibre le monde ou l'univers ». (Bruno Pittolo)

 

(1) Editions Almora, Paris, novembre 2011. www.almora.fr

Florence Pittolo
Docteur en Psychologie, sociologue, thérapeute
www.formation-psycho.org

 

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